LOVE

LOVE est projet de musique mixte pour voix de soprano solo et électronique, d’après cinq poèmes de George Herbert (1593 – 1633), pasteur anglican, poète et orateur anglais.

Deux artistes en sont à l’initiative, Laura Muncaciu, artiste lyrique d’origine roumaine, historienne et linguiste vivant en Italie, et Jean-Basile Sosa, artiste musicien et compositeur. Au-delà d’une œuvre électroacoustique et vocale rigoureusement écrite, formalisée et interprétée, LOVE repose sous le prisme d’une double recherche autour de l’œuvre de Herbert : la littérature du poète anglais bénéficiera en effet d’une étude linguistique préalable à la composition musicale : traduction, analyses littéraire et prosodique, diction, articulation, intonation du vieil anglais.

“LOVE, UN REGARD MUSICAL CONTEMPORAIN SUR UN POÈTE DE LA RENAISSANCE ANGLAISE”

Bien que peu familière de notre culture, la poésie de Herbert compte parmi les plus remarquables de la langue anglaise. Cette œuvre rare, parole à la fois charitable et tumultueuse adressée à un Dieu jamais nommé, traite avant toute chose de l’Homme dans sa dimension spirituelle, de son profond ancrage dans l’existence terrestre, de son rapport au Temps et à l’Éternité souverains. Entendre, écrire et chanter : voici les trois horizons entre lesquels se déploient la vie et la littérature de Herbert, marquées par la nécessité de prendre voix à l’intention d’autrui.

LOVE, qui interroge artistiquement une œuvre du passé riche de musicalité, dans un langage et avec un ensemble de moyens d’expression artistique pleinement d’aujourd’hui, s’efforcera de passer cette « parole d’ailleurs » où se pose un enjeu poétique cardinal que le poète avait résumé ainsi : Qui est si sourd qu’il ne veuille entendre ?

Dans LOVE, le sens de la musique et le sens des poèmes choisis se confondent, se lient, s’exaltent mutuellement. Sur le plan compositionnel, ces cinq textes seront sciemment étirés, taillés, élargis et découpés, sans que le sens poétique d’ensemble ne soit jamais brouillé pour autant. Le travail de composition, en vertu duquel cette poésie essentiellement spirituelle et métaphysique sera transposée au domaine de la musique électroacoustique mixte, se fera en un aller retour constant entre l’écoute, le faire et le chant.

  • Le Déni (Deniall) : sorte de De Profundis, dialogue à une voix, jeté vers un Dieu absent et que le locuteur redoute indifférent. Le motif introductif se faisant ensuite leitmotiv de l’oreille silencieuse (silent ear) est aussi source de silences intertextuels renvoyant au Psaume 102…
  • L’Affliction (Affliction) : l’un des plus grands poèmes confessionnels de Herbert, autre De Profundis, certainement l’un des plus instables dans le choix de ses métaphores… Dieu, objet du désir, y change en effet incessamment de visage et de sexe
  • Prière (Prayer) : le poème fait ce qu’il dit – se fait prière à la prière, invocation de ce qu’il décrit. Poème difficile et intime, d’une part en raison de l’économie de son dire litanique, d’autre part en raison de sa labilité, aux doubles sens constants dont Herbert parsème son texte
  • La Perle (The Pearl) : ce poème contient une allusion à la parabole, relayée dans l’Évangile de Mathieu, du trésor et de la perle. L’analogie porte sur le Royaume des Cieux, « semblable à un négociant de perles fines : en ayant trouvé une, de grand prix, il s’en est allé vendre tout ce qu’il possédait et il l’a achetée »
  • L’Amour (Love) : poème court qui met en scène l’accueil du cœur pérégrinant au terme de son parcours terrestre… Le thème du repas offert par Dieu parcourt toute la Bible ; Herbert, tel le Pellerin qui se sait poussière et péché, ne sera pourtant privé de festin grâce à son ultime confession, peut-être la plus sincère…